Réflexions pour un SI orienté données.



Depuis quelques d’années, j’interviens auprès de directions SI, direction de départements ou direction de projet, pour les aider à appréhender les orientations SI actées par leur hiérarchie, puis à transformer leur patrimoine applicatif en convergence avec ces orientations.


Les orientations SI à prendre en compte sont issues de profondes réflexions : dynamique de transformation, stratégie d’entreprise, axes stratégiques, orientations prioritaires,..



| | | Extrait d’un Schéma Directeur :


« La prise en compte de ces orientations prioritaires pour l’évolution du SI façonne une cible SI dont les caractéristiques majeures sont :

  • de développer une plus grande agilité pour répondre à l’évolution des métiers et à la transformation numérique en marche, y compris dans les modèles d’organisation entre SI et métier

  • de renforcer la transversalité SI entre les différents domaines du SI

  • de fournir le socle nécessaire à l’exploitation et la valorisation des données issues des nouvelles technologies de 
comptage et de Smart Grid


  • de rationaliser et d’urbaniser les SI mis à disposition des différents domaines métier dans un souci de simplification 
de l’environnement SI et de maîtrise des coûts

  • concilier davantage de sécurité avec davantage d’ouverture du SI »


Quant au travail demandé, la difficulté réside moins dans la compréhension des orientations stratégiques que dans leur déclinaison opérationnelle. En effet, la plupart des orientations SI s’inscrivent dans des mouvements en émergence ou déjà répandus pour lesquels une importante littérature est disponible. Le défi consiste principalement à intégrer ces orientations dans un contexte SI, fonctionnel et technique, spécifique.



Deux situations sont envisageables :

  • soit l’orientation SI est en phase avec une réalité métier ; cette situation renvoie à une démarche classique de projet SI : réalisation d’un système applicatif en vue d’outiller des besoins métier

| | | Exemple : « fournir le socle nécessaire à l’exploitation et la valorisation des données issues des nouvelles technologies de 
comptage et de Smart Grid »

  • soit l’orientation SI est liée à une cause exogène ; cette situation conduit souvent à imposer des transformations SI aux utilisateurs finaux.

| | | Exemple : « développer une plus grande agilité pour répondre à l’évolution des métiers et à la transformation numérique en marche, y compris dans les modèles d’organisation entre SI et métier ».



De nombreuses fois, je me suis retrouvé face à la seconde situation. Mon premier réflexe consistait à faire « accepter » les orientations SI aux utilisateurs en leur détaillant les nombreux avantages résultants. Ces délicates actions de marketing m’ont conduit à me poser les questions suivantes : et si les utilisateurs étaient eux-mêmes demandeurs d’orientations SI ? Serait il possible de rapprocher leurs orientations « terrain » des orientations « hiérarchiques » ? En ayant à l’esprit que cette convergence permettrait de fournir aux transformations SI à réaliser une dynamique assurant à coup sûr une plus value métier.


Pour nourrir cette réflexion, il m’a paru indispensable de m’interroger sur le rapport entre l’utilisateur lambda et l’informatique.

La pénétration du numérique dans nos vies privée et professionnelle amène chacun de nous à une utilisation quotidienne d’outils informatiques. Cela favorise :

  • un enrichissement de l’expérience utilisateur : interface, ergonomie, performance,…

  • une utilisation d’équipements divers : ordinateur, tablette, smartphone,…

  • un accroissement de la maturité technique :

  • appropriation des architectures techniques : notions de navigateur, de serveur, de base de données,…

  • utilisation avancée d’outils informatiques : traitement de texte, tableurs, gestion de sites web, ...

  • capacité à programmer : macro, app, …


A partir de ces constats, j’ai reconsidéré les échanges entre utilisateurs et acteurs SI auxquels j’ai assisté ces dernières années, et j’en ai tiré les réflexions suivantes.

Un système d'information orienté donnée


L’utilisation d’internet expose au ciblage comportemental, c’est à dire à la personnalisation des contenus (articles textuels, produits, publicités), en fonction du comportement de l’internaute et de l'identification de ses centres d'intérêt.

Cette technique conduit à donner une dimension très large à la notion de donnée. Il est devenu « naturel » pour les utilisateurs des SI d’entreprise de penser que toute information est une donnée informatique qui peut être aisément captée et stockée.


En ce qui concerne les matériels, nous sommes de plus en plus « multi équipés ». A ce titre, le trio ordinateur-tablette-smartphone constitue la dotation la plus répandue.

Cette situation nous expose à une multiplication d’interfaces applicatives qui peuvent

  • soit présenter un périmètre fonctionnel identique

| | | Exemple: concernant la messagerie, il est courant d’être équipé d’un client sur un ordinateur fourni par l’entreprise, d’une interface webmail et d’une application sur smartphone ou tablette

  • soit présenter des périmètres fonctionnels équivalents mais non identiques

| | | Exemple : souvent, l’application mobile d’un acteur ne présente pas toutes les fonctionnalités proposées par son site web


Ces expériences extraient l’utilisateur des silos traditionnels « une donnée -> une application », « une fonction -> une application » pour l’amener vers plus de transversalité : « une donnée -> des interfaces », « une action -> des interfaces ».

Ainsi, ces expériences amènent les utilisateurs des SI d’entreprise à considérer les données hors des périmètres applicatifs. Il ne s’agit plus de gérer un objet « Contrat » dans une application A et un autre objet « Contrat » dans une application B, mais d’utiliser le même objet « Contrat » dans les applications A et B.

Par ailleurs, il est devenu « naturel » pour les utilisateurs des SI d’entreprise de considérer que tous les applicatifs de l’entreprise doivent pouvoir accéder à toutes les données de l’entreprise.


Ces exigences conduisent à envisager des systèmes d’information captant et entreposant toutes les informations pour les mettre à disposition sous forme de données à des consommateurs internes (SI ou métier) ou externes.

Une donnée de qualité


Quand on commence à considérer la donnée en dehors de ses usages, quand on envisage de mettre à disposition la donnée pour plusieurs consommateurs, intervient immédiatement un ensemble de contraintes liées à la qualité de la donnée.


Les contraintes de qualité de donnée peuvent se répartir selon trois catégories : contraintes de qualité intrinsèque, contraintes d’usage et contraintes de sécurité.


Contraintes de qualité intrinsèque :

  • unicité fonctionnelle : la donnée représente un et un seul objet (absence de doublon fonctionnel ou d’amalgame)

  • complétude : la donnée est complète par rapport à l’objet qu’elle est censée représenter et aux processus de collecte

  • exactitude : la donnée est conforme à l’objet qu’elle est censée représenter (ce critère englobe les notions de précision et de validité)

  • intégrité : les caractéristiques de la donnée sont cohérentes entre elles et avec les autres données


Contraintes d’usage :

  • identification : la donnée est identifiable au travers d’un identifiant fonctionnel unique et invariant

  • interprétabilité : la donnée est transmise selon un format standard commun et normalisé

  • actualité : la donnée est à jour au moment de son utilisation, chaque version de la donnée est historisée de façon à pouvoir être restituée à date

  • accessibilité : les systèmes de gestion de données sont disponibles, c’est à dire qu’ils fonctionnent sans faille durant les plages d’utilisation prévues et garantissent l’accès aux données avec le temps de réponse attendu ; et interopérables, c’est à dire qu’ils sont en capacité de communiquer avec des systèmes de technologies différentes


Contraintes de sécurité :

  • confidentialité : seules les personnes, les systèmes applicatifs ou les processus autorisés ont accès à la donnée

  • inaltérabilité : la donnée est conforme à ce que l’on attend qu’elle soit, elle ne doit pas être altérée de façon fortuite ou volontaire

  • traçabilité : les systèmes de gestion de données disposent de tous les éléments apportant la preuve des traitements ou autres évènements relatifs à la donnée


Le respect de ces contraintes permet d’envisager une mise à disposition « industrielle » de la donnée pour utilisation dans ou hors du système d’information.

Une donnée plus exploitée


La mise à disposition de la donnée déclenche « naturellement » une offre basique de services : création, recherche, mise à disposition, mise à jour, suppression. Mais, cette offre de services autour de la donnée peut être enrichie car les utilisateurs des SI d’entreprise en viennent à considérer les traitements hors des périmètres applicatifs.


Comme exposé plus haut, la multiplication des interfaces applicatives extraient l’utilisateur des silos traditionnels « une donnée -> une application », « une fonction -> une application » pour l’amener vers plus de transversalité : « une donnée -> des interfaces », « une action -> des interfaces ». Ces expériences amènent les utilisateurs des SI d’entreprise à considérer la notion de service fonctionnel.


| | | Exemple:pour obtenir un prix, il n’est plus question « d’aller dans l’écran de pricing » de l’application de Gestion de la Relation Client, mais d’appeler un service de pricing.


Un service fonctionnel se conçoit selon les critères suivants :

  • cohésion fonctionnelle : le service concerne une donnée ou un groupe cohérent de données et effectue un nombre réduit d’opérations

  • réutilisabilité : le service exprime une logique agnostique de tout contexte applicatif

  • prédictibilité : quel que soit le contexte (temporel, applicatif,…), l’utilisation du service avec des paramètres identiques produit les mêmes effets

  • composabilité : le service est conçu de façon à participer à des compositions de services


La mise à disposition d’une offre complète de services permet d’envisager la mise en œuvre d’un système d’information mixant des systèmes applicatifs industriels, structurés, pérennes, et bien souvent très couteux, avec des solutions minimalistes, rapides, de moindre coût, éventuellement expérimentales et jetables.

Une exploitation de la donnée plus ouverte


Comme exposé plus haut, la pénétration du numérique dans nos vies accroit notamment la maturité technique des utilisateurs des SI d’entreprise. Cela se traduit par des utilisations avancées d’outils informatiques et une réelle capacité à programmer.


| | | Exemples:

  • réalisation de macros complexes dans des tableurs

  • réalisation de véritables applications en client lourd


Nantis de ces capacités, les utilisateurs se considèrent, à tort ou à raison, comme plus à même que les acteurs de la DSI pour réaliser des applications. Leurs arguments sont les suivants :

  • raccourcissement des délais de réalisation

  • meilleure adéquation des outils aux besoins métier

  • meilleure qualité du support utilisateur

  • meilleur réactivité pour corriger les anomalies ou réaliser des évolutions


Côté DSI, ce type d’outil, pudiquement appelé « développement métier », souffre des tares suivantes :

  • pas d’interconnexion avec le SI : interfaces « manuelles »

  • sauvegarde des données manuelle ou inexistante

  • sauvegarde du code manuelle ou inexistante

  • pas de gestion de configuration technique : potentielles incompatibilités entre l’application et les logiciels fournis par la DSI (OS, navigateur,…)

  • pas de gestion de la sécurité


Pour rapprocher les deux points de vue, il faut envisager des applications réalisées dans les Directions métiers avec des outils fournis par la DSI sur des plateformes opérées par la DSI. De mon point de vue, la réalisation de cet objectif passe par la mise à disposition par la DSI de données et de traitements via des interfaces de programmation applicatives (API).


La fourniture d’une offre de ce type incitera une DSI à se focaliser sur la gestion des données de l’entreprise et la cohérence des règles de gestion. Elle contribuera à l’agilité du système d’information en favorisant la réalisation d’applications dans les Directions métier au plus près des utilisateurs.

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